L'Atelier, Carnac 2016, © Illés Sarkantyu, ADAGP, Paris
Illés Sarkantyu est photographe et cinéaste né à Budapest en 1977. Il vit et travaille en France.
Petit-fils du peintre Simon Sarkantyu (1921-1989), professeur à l’Académie des Beaux-Arts, et fils du photographe, historien de l’art et cinéaste Mihály Sarkantyu (1953-1989), Illés apprend le métier de photographe illustrateur au lycée d’art appliqué, puis obtient en 2000 son diplôme en communication visuelle à l’université d’art appliqué Moholy-Nagy de Budapest.
Son mémoire retrace le parcours de trois photographes dont l’environnement humain immédiat constitue un sujet privilégié — Ernest Joseph Bellocq, Jacques Henri Lartigue et Sally Mann. Son travail pratique, intitulé « Visite », consiste à réinventer la série « Portraits de Storyville » d’Ernest Joseph Bellocq.
Chef du studio et du laboratoire de l’université, Illés Sarkantyu y enseigne pendant deux ans. Il quitte la Hongrie en 2002 pour s’installer en France.
Il rencontre les collectionneurs Judit Nemes et András Szöllősi-Nagy, pour qui il réalise un premier inventaire numérique. Il découvre à cette occasion l’art moderne et contemporain non figuratif de la scène artistique française. À l’initiative du couple, il est introduit auprès du cercle des artistes et intellectuels hongrois vivant en France et entreprend avec eux une série de portraits en noir et blanc, en argentique moyen format. Tout en s’inscrivant dans une tradition humaniste du portrait, cette série raconte aussi un basculement entre pays et identités. « Franco-hongrois » est présenté à la salle Jean-Pierre Pedrazzini à l’Institut français de Budapest en 2006.
Dès son arrivée en France, il s’intéresse à l’image en mouvement, qu’il expérimente parallèlement à la photographie. Cet intérêt donne lieu à une première commande de la peintre Anna Mark, qui lui confie la réalisation d’un document audiovisuel consacré à son exposition au musée de Kiscell à Budapest et lui présente les artistes Janos Ber et Alexandre Hollan. Cette première commande ouvre un travail avec des artistes et des structures culturelles, telles que la galerie Vieille du Temple, L’Art dans les chapelles, le château de Ratilly et le Domaine de Kerguéhennec.
En 2007, aux côtés de Judith Hervé, il s’engage auprès du fonds photographique Lucien Hervé. Ce travail lui apprend à classer et à nommer, tout en ouvrant une nouvelle voie dans son travail : l’idée d’une représentation indirecte de l’humain, à travers ce que racontent ses archives, ses documents et ses objets. Dans le même temps, il développe « Mihály », un projet en mémoire de son père, à partir de ses photographies, de ses écrits, de ses films et des documents qu’il a laissés. Présenté en 2011 à l’Institut français de Budapest, « Mihály » prolonge les portraits « Franco-hongrois ».
Depuis lors, les problématiques de l’absence et de la présence, de la mémoire et de l’héritage sont des motifs récurrents dans son travail.
Son ami Marcel Esterhazy l’encourage à présenter, en 2012, une série photographique autour des archives de Lucien Hervé au bureau/galerie qu’il occupe avec Benjamin Géminel (Galerie Benj). Son travail commence à être présenté à Paris : une exposition personnelle intitulée « Memorandum » à la galerie Binôme (2013), des présentations dans les collectifs « Icônes du Temps présent » à la galerie Patricia Dorfmann et « Carte blanche à Jean-Pascal Léger » à la galerie Vidal-Saint Phalle, ainsi qu’au stand de Paris Photo de la galerie du jour agnès b.
Artiste associé de Kerguéhennec entre 2010 et 2021, il contribue à la réalisation de films sur l’art et ses photographies sont publiées dans les Éditions du Domaine de Kerguéhennec. Invité en résidence artistique de février 2013 à avril 2014, il travaille sur « l’esprit du lieu ». Ainsi naît au château, en 2014, « Ombrées », une œuvre composée : sous les grilles de la bibliothèque, une installation photographique ; sur la table de billard, les « Trois mains » ; et dans le fumoir, un film autour du « Paysage ».
Le travail de résidence est également restitué dans le catalogue « Face au vif » (2017), accompagné d’un texte original de Pierre Wat. En 2018, dans l’exposition « La Disparition (remix) », il réactive les livres d’artiste, objets et carnets de Jean-Pierre Vielfaure (1930-2015), tout en poursuivant son travail de collecte autour de l’histoire du domaine. De ce travail naît le livre numérique « Fragments d’une chronologie du hasard & La Disparition (remix) », coédité par le Domaine de Kerguéhennec et les Éditions Naima.
En 2014, Marie-Hélène de La Forest Divonne lui propose de présenter son travail avec celui de Lucien Hervé. À partir de cette exposition personnelle intitulée « Less is more » en 2014, la galerie présente régulièrement son travail à Paris et à Bruxelles : « Paraphrases » (2016), « Abstraction du concret » (2018) et « À contre-vue » (commissariat : Didier Quilain, soutien CNAP, 2022).
En 2017, il publie un livre consacré au cairn de Gavrinis, site funéraire néolithique, vieux d’environ 5 500 ans, situé sur l’île éponyme. En 2018, un projet photographique commémoratif du centenaire de la Première Guerre mondiale, « Vivants », l’amène à parcourir le Morbihan autour d’une soixantaine de monuments aux morts. Le projet de valorisation du site archéologique en action, de l’espace naturel sensible et du château du Domaine de Suscinio, commencé en 2019, fait l’objet d’une publication en 2022.
Parallèlement à son travail sur la création artistique, il s’intéresse aux circonstances et à l’environnement de celle-ci, comme à son objet, l’œuvre elle-même : les objets que le peintre Alexandre Hollan dispose pour ses « Vies silencieuses » (2013), le verre peint de Marc Chagall, « La Paix » (2015), les chemises de planches-contacts de Lucien Hervé regroupées sous le titre « Contacts », présentées dans l’exposition « Dans l’atelier : L’artiste photographié d’Ingres à Jeff Koons », au Petit Palais (2016), les « Quinze gants » présentés à « La main (et) le gant », au Musée Jenisch Vevey (2024), ou encore l’univers de Pierre Tal-Coat dans « Chambre noire, Toile blanche, la photographie face à la peinture », à Fontevraud, le musée d’Art moderne (2026).
Au début du premier confinement, en 2020, il se tourne vers les objets, identifiés mais aussi jetés, perdus ou trouvés. (Im)personnels et universels, ils sont les traces de notre activité et de notre culture et forment la couche archéologique superficielle de nos rues. Entrepris pendant deux ans, ce travail n’a pas encore trouvé, à ce jour, sa forme d’aboutissement.
En 2021, il rejoint le groupe scientifique du projet ACCMADIAL (Accompagnants des Malades Diagnostiqués Alzheimer). Cette commande lui permet de revenir à la représentation directe de l’humain. Ce travail de portrait est accompagné d’entretiens filmés consacrés aux aidants de malades d’Alzheimer.
Fin 2022, Didier Quilain lui offre le Photo Poche consacré à Nicéphore Niépce. Une longue discussion naît entre eux autour de ce personnage. Il découvre dans cette histoire une époque pas si différente de la nôtre, où le progrès scientifique et industriel se mêle encore aux découvertes et aux expérimentations artisanales, où se côtoient toutes sortes d’imaginations inventives, les premiers gestes de photographe et l’émerveillement presque naïf et innocent devant la lumière telle qu’elle agit, où apparaît la voix d’un père dans une période de grands bouleversements politiques en France et à l’international. De cette rencontre naît le projet « ://: Latentes, autour de Nicéphore Niépce — Années charnières de l’invention — 1816-1827 », dont une première présentation a lieu au Műcsarnok (Kunsthalle) de Budapest en 2026.
Sarkantyu réalise des inventaires visuels de fonds d’ateliers : Anna Mark, Janos Ber, Daniel Pontoreau, Didier Demozay. Depuis 2024, pour L’ahah, il documente les expositions à Paris et dans le Midi, photographie les œuvres des monographies éditées avec L’atelier contemporain (Marie-Cécile Aptel, Jean-Louis Bentajou) et réalise des films : « Alexandre Hollan, les impressions vivantes » (2025), « Sur le motif – S’accorder avec V. Bebert, J-B. Née, F. Studinka et M. Wührmann », « Paysage(s) & Texture(s) » et « Jean-Louis Bentajou, Seules les couleurs » (2026).
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